Manifesto de l’art slow

Avant-propos

Je ne suis personne, ni pour rédiger un manifeste, ni pour écrire sur l’art.

Le manifesto de l’art slow est un projet subjectif.

C’est une révolution neutre, dont l’objectif premier n’est pas de s’opposer à une chose, mais plutôt d’en exposer les enjeux factuels, et ainsi se concentrer à explorer des avenues de changements positifs. 

Certaines idées ont été arrêtées par écrit mais, n’en reste pas moins que la pensée qu’elles sous-tendent reste en perpétuelle transformation. Le sujet est ouvert et le manifeste reste organique. C’est à travers la participation de ses alliés que le mouvement se développe et progresse. Chacun est libre de proposer ses visions et idées pour ainsi contribuer à l’évolution du mouvement art slow

Ce manifesto n’est pas un texte de loi, il s’agit d’une simple déclaration publique qui ne prétend en rien détenir la vérité. Si certaines descriptions semblent affirmatives, ce n’est que pour alléger le texte et éviter les répétitions exprimant le fait qu’il s’agit d’une idée, et non d’une vérité.

Selon la philosophie exprimée ici, l’art n’appartient à personne, et nul texte ne pourrait en fixer les balises, le détenir ou le déterminer, pas même celui-ci.

J’écris ce manifesto en hommage à tous ces artistes, artisans et créateurs de divers secteurs. À ceux qui se consacrent à apporter leur contribution unique, en s’exerçant dans le domaine qui leur est propre et ce, parfois au détriment du confort matériel et de la sécurité financière. Certain s’exercent même malgré le peu de reconnaissance sociale.

C’est avec gratitude que je remercie tout ces gens qui nourrissent l’humanité de leur créativité en faisant fi des contraintes extérieures.

Je remercie aussi ceux qui jouissent du succès, et que ce succès n’a jamais corrompu.


Art slow, une philosophie au quotidien.

L’art slow est une philosophie qui repose sur l’idée que l’inspiration artistique est foncièrement indomptable, qu’elle ne peut s’astreindre à des standards imposés et nécessite le loisir de se déployer selon son rythme naturel.

C’est une philosophie concrète au quotidien qui implique une considération et une reconnaissance face à l’importance capitale de l’art et de son incidence sur les individus et les sociétés.

Le mouvement art slow vise à enrichir et à protéger le domaine de la création artistique, en cernant les enjeux potentiellement néfastes de notre système axé sur la performance et le succès immédiat.

Cette philosophie de l’art slow s’oppose à la standardisation des arts et des artistes, à la substitution des ouvrages artistiques par des produits de consommation. Il conteste également le rythme effréné de notre société, puisque celui-ci est une menace au flow naturel de la création artistique.

Ce manifeste propose des solutions en vue d’un changement de cap vers un état d’équilibre.

Cette philosophie considère que le courage et l’autonomie de l’artiste reposent sur sa capacité à honorer le tempo intrinsèque de son inspiration, et à suivre son instinct créateur avec dévotion. C’est ainsi qu’il participe à ce monde en y apportant sa mélodie personnelle, sa contribution unique.

Dans un système axé sur la performance et le succès immédiat, alors que la rapidité d’acquisition et de consommation prime sur la qualité, même les meilleures intentions se heurtent à des contraintes pouvant mettre à rude épreuve la force et la profondeur des convictions éthiques et morales.   

 


1- Les principes de base de l’art slow

Les principes de base du mouvement slow sont fondés sur des valeurs de respect, de partage, de préservation, de solidarité, de connexion et d’authenticité.

Pour l’art slow, la valeur accordée à l’approche et au processus créatif surpasse celle du produit fini. En revanche, ce dernier demande à revêtir une ou plusieurs des qualités propres à l’art, soit l’originalité, la beauté, dans toutes ses conceptions, et l’expression de soi ou d’une idée.

La notion de respect implique d’honorer les phases et les rythmes qui mènent à la réalisation d’un projet. Cela signifie aussi de suivre et chérir le courant d’inspiration là où celui-ci entraîne. L’accent est également mis sur la préservation du savoir-faire par sa transmission délibérée.

De même, il est question de préservation de la planète par l’utilisation de techniques de production les plus écologiques et éthiques possibles.

Ce principe tient compte du bien-être de la personne qui crée, sans négliger la contribution de son œuvre dans le monde.

Il suggère également que la collaboration, le partage et l’échange prévalent sur la compétition et que, les idées sont libres de toute propriété.

Le mouvement slow food à vu le jour par opposition à l’expansion des plats minute et des chaînes de restauration rapide, soit le fast food. À l’instar du slow food, l’art slow est né en réaction à la dégradation de “l’art” dans une société qui valorise d’abord les produits de consommation à saveur artistique, au détriment des véritables œuvres d’art. On pourrait ainsi déclarer que l’art slow s’oppose au fast art. Alors que l’un génère des simili-aliments, l’autre, du simili-art. Tout deux sont dépourvus de valeurs nutritives, malgré leur devoir de nourrir, respectivement, le corps et l’esprit.  


 

2-Considérant l’importance de la créativité, qui distingue l’être humain au sein du règne animal et l’importance de l’art, qui nourrit l’esprit de chaque individu.

L’être humain possède le potentiel de créer, un des aspects marquants qui le distingue au sein du règne animal. Cette aptitude inhérente a assuré sa survie jusqu’ici; c’est la créativité qui permet l’inventivité, la résolution de problème, et le dépassement des limites du connu.

De plus, l’être humain est le seul à posséder la faculté d’apprécier la beauté, et de se laisser émouvoir et transcender par la création d’autrui. C’est ainsi qu’il s’émancipe, et se connecte plus profondément avec ce qui l’entoure.

Dépouillé de ce potentiel, l’homme est démuni d’une part importante de lui même, et par ce fait, est relégué au rang des automates. Son esprit graduellement s’atrophie à mesure que ses élans créatif se voient réprimés.

L’art slow souhaite renverser la tendance actuelle qui brime et nie la créativité, et ainsi raviver en l’homme son potentiel créateur.   Selon l’art slow, l’art nourri l’esprit des individus, s’intègre dans son quotidien, reflète et influence l’identité de sa nation. La philosophie de l’art slow considère l’importance de l’art, non seulement en raison de sa présence au centre du quotidien, mais également pour la qualité et la richesse dont elle l’agrémente.

Sous une myriade de formes, l’art est investi dans la vie tous les jours. Elle l’enjolive d’un esthétisme, d’une harmonie et d’une réjouissance. Les exemples en sont innombrables, depuis les courbes d’une voiture jusque dans la musique de la radio, les photographies dans un magazine, les couleurs d’un vêtement, les images d’un film et le dénouement d’un roman.

Sur un plan plus profond, l’art nourrit l’esprit et permet une compréhension plus sensible des enjeux personnels et sociaux. Il influent sur les activités culturelles d’un peuple avec pour objectif d’en améliorer la qualité de vie. Elle veille à la promotion et à la préservation de l’identité nationale. Elle est un outil sociétaire d’éducation, de communication et de diffusion. Dans cette optique, l’artiste est un travailleur culturel qui contribue à l’évolution saine de la société.  

 


3-Considérant que l’inspiration originelle est l’essence de l’art et de toute création humaine subséquente


 

« L’homme de génie se révélera toujours en dehors des écoles spéciales. Dans les sciences dont s’occupent ces écoles, le génie n’obéit qu’à ses propres lois, il ne se développe que par des circonstances sur lesquelles l’homme ne peut rien : ni l’État, ni la science de l’homme, l’anthropologie, ne les connaissent. Riquet, Perronet, Léonard de Vinci, Cachin, Palladio, Brunelleschi, Michel-Ange, Bramante, Vauban, Vicat, tiennent leur génie de causes inobservées et préparatoires auxquelles nous donnons le nom de hasard, le grand mot des sots. » Le curé de village, Honoré de Balzac.


 

La philosophie de l’art slow considère qu’à la base de toute production humaine, il y a la créativité brute, l’inspiration originelle. Celle-ci, telle qu’utilisée dans ce manifeste, désigne un flux d’idées et visions tirées d’un état de vide.

C’est l’essence de l’art, et pour l’art slow, cette essence est centrale dans le processus artistique; c’est ce qui détermine la qualité, la profondeur et la portée de l’ouvrage artistique.

Certes, aucune création n’est entièrement libre de l’ensemble qui la précède, mais n’en reste pas moins qu’il existe ce processus unique qui s’impose de lui-même, d’où une idée émerge d’un espace neuf et vierge. C’est un interlude dans les pensées usuelles, un shift, un état d’innocence et d’ouverture.

Il diffère, par sa nature, des idées issues d’un cheminement intellectuel ou rationnel, d’une recherche ou d’une quête.

Impossible à conceptualiser sans l’avoir soi-même vécue, cette expérience est l’essence de l’art, l’origine première de toute création. Ensuite, laissée à elle-même, l’œuvre est présentée au monde.

À son tour, elle stimule l’imagination ou l’intellect d’autres personnes, créatives ou pas, qui travaillent dans divers milieux.

À partir de l’essence artistique issue de l’œuvre, l’idée se transmet, se propage et s’immisce, d’une façon évidente ou subtile dans le produit de consommation final. Ce produit, va à son tour en inspirer et motiver d’autre, et le cycle est sans fin.


 

L’ENJEU


 

Un monde constitué exclusivement d’œuvres d’art serait probablement fort déséquilibré.

Les reproductions font partie d’un cycle normal. Par contre, elles dépassent désormais ses limites et submergent l’espace réservé aux oeuvres d’art.

Pour l’art slow, il s’agit d’une menace pour la survie de l’art. Puisque dépourvu de ce territoire vital, l’artiste, asphyxié, voit ses possibilités créatives limitées, voire réduites à néant.

Conséquemment, on assiste à l’annihilation graduelle de l’essence artistique, source cruciale pour toute production humaine. Sans l’artiste, il ne restera que les reproducteurs pour adapter, modifier et recomposer ce qui existe déjà. Et moins ces reproducteurs sont imaginatifs, plus le monde dans son ensemble stagne.

Comme l’inspiration originelle est l’élément initial nécessaire pour amener de l’eau fraiche au moulin, si l’artiste n’a plus sa place, ce sont les mêmes idées qui sont mâchées et remâchées. Au bout du compte, elles deviennent mornes, comme de l’eau prisonnière d’un circuit fermé devient insalubre et vile.

Elle se doit de redevenir océan, nuage et pluie, et ainsi se purifier à travers les rochers de montagnes.

 


4-Considérant que l’art est intrinsèquement distinct du produit de consommation.

Le produit de consommation possède ses propres fonctions que l’œuvre d’art ne saurait acquitter. De la même manière, l’ouvrage artistique est irremplaçable et remplit un rôle bien unique.

Pour l’art slow, l’enjeu ne repose pas sur une comparaison de leur valeur intrinsèque. Il s’agit plutôt de faire une distinction claire entre l’œuvre d’art et le produit de consommation.

Bien qu’ils s’entremêlent, s’influencent, et peuvent revêtir des qualités semblables, n’en reste pas moins qu’ils sont de nature différente. Ceci, depuis l’intention d’origine, durant le processus de conception, et dans ses impacts sur le monde.

Dans la philosophie de l’art slow, l’intention, le processus et les impacts sont déterminants et impératifs.

Le produit de consommation relève de théories marketing dont les méthodes servent à prévoir, influencer et satisfaire le consommateur. L’objectif ultime se résume à générer un maximum de revenus. Lorsqu’il s’agit d’un simple produit utilitaire, cette démarche est tout à fait légitime.

Par contre, les œuvres d’art doivent rester la part des artistes et du processus d’inspiration créatrice, et non des analyses de marché. L’artiste apporte sa contribution en exprimant l’élan créateur qui le meut. Par contre, l’art a déjà cédé beaucoup de terrain au produit de consommation.

Le mode effréné de notre société et le rythme de travail qu’il suggère ne laissent que peu de place aux conditions nécessaires à l’émergence de l’inspiration artistique. Les méthodes ancestrales, le savoir-faire, et la passion voient leur transmission d’une génération à l’autre s’affaiblir. Ils sont remplacés par la production de masse, que l’on exporte désormais en Orient ou ailleurs.

La culture artistique s’érode et se retrouve graduellement tassée par un produit de consommation à saveur artistique. Tel un placebo, ce dernier arrive parfois à éclipser l’art.

N’est-il pas louable d’être concerné par ce tempo accéléré et inapproprié aux arts, possiblement nuisible à la création?

Est-il juste de s’inquiéter que la substitution de la qualité par la quantité, et la mode du bas de gamme entrave la diffusion et la mise en marché des œuvres d’art?

Si l’art, sous quelque forme que ce soit, se retrouve tassé, substitué par le produit de consommation ou confondu avec celui-ci, ne devient-il pas précaire et menacé?


 

5-Considérant que l’art, la créativité et l’inspiration ont besoin de facteurs particulier et variables pour se déployer.

 


 

En 1980, UNESCO déclare : « considérant que l’artiste joue un rôle important dans la vie et l’évolution de la société et qu’il devrait avoir la possibilité de contribuer à son développement et d’exercer, au même titre que tous les autres citoyens, ses responsabilités, tout en préservant son inspiration créatrice et sa liberté d’expression, »


 

L’impatience est le mal de notre époque et la course contre la montre qu’il impose est reléguée au rang des banalités. Rapidité est exigée dans toute activité et toute sphère, même là où sa pertinence est grandement discutable.

L’art, en revanche, possède une cadence exclusive, que nul ne peut prévoir ou induire. Comme le surfeur allongé sur sa planche, il reste là, attentif.

S’agiter ou tenter de provoquer une vague serait vain, tout comme planifier son apparition à un moment précis. Vaut mieux être concentré et attentif aux mouvements de l’eau, pour ainsi être prêt, lorsqu’enfin la vague parfaite se pointe.

Dans ce monde effréné, ralentir requiert généralement beaucoup plus de courage qu’il en faut pour accélérer. 

En plein centre du culte de l’instantanéité, le fait d’honorer le temps requiert un cran et une témérité magistrale.

Rapidité rime parfois avec agitation et engendre parfois qu’une illusion de productivité.

Changer de rythme n’implique nullement de sombrer dans l’inefficacité. Il s’agit d’une lenteur accomplie et assumée, qui revêt des qualités d’acuité, de focalisation et de sagacité.

À tort associé à la faiblesse et à la fainéantise, le fait de ralentir nécessite l’audace d’aller à contre-courant. On doit ainsi affronter avec stoïcisme les jugements populaires envers ceux qui n’emboîtent pas la cadence et refuse d’adhérer à l’adage du vite fait bien fait. Qu’il soit rapide ou lent, saccadée ou linéaire, l’important est d’embrasser le courant d’inspiration, avec respect et gratitude.

Le choix revient à chaque artiste, amateur ou professionnel, de se syntoniser sur sa propre créativité et sur les facteurs favorisant le plein épanouissement de son potentiel artistique. 

Soyez un allié du mouvement, adhérer en ajoutant votre nom au Manifesto de l’art slow

Signataires

PrénomNomPays
Sophie B. Samson Canada
Vincent Martineau Canada
Laurence Perron Canada
Carl Honoré Angleterre
Nadine Guillemot Canada
Thierry Jutras-Aswad Canada
Marie-Pierre Hawey Canada
Stanislas Metzger Canada
Jessie T. Dumais Canada
Marie-Kim Lavigne Canada

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